Mondes en Chantier ?
Mondes en chantier, c'est quoi ? Bah, Mondes en chantier, c'est... comment dire ?... : c'est des petits cochons en plastique, quelques crèmes trop sucrés et un peu froids, des Moustaches, un Bob le chien, un ou deux 15 Août sortis de la Twillight Zone, des vacances à la longueur sans doute pas très raisonnables... Bref, c'est un peu n'importe quoi.
Mais encore ? Je ne sais pas si vous avez remarqué mais c'est dingue la fuite des joueurs de jeux de rôles loin des grandes villes, l'été quand il fait trop chaud. En même temps - le monde est mal foutu - ce serait à ce moment du calendrier que vous auriez un temps pas possible pour vous lancer dans des campagnes démesurées. Rageant, non ? A l'origine, Mondes en chantier, c'est donc un fanzine de rôlistes passablement déprimés par cette lâche fuite des joueurs au mauvais moment. Mais aujourd'hui, le papier qui tâche, la photocop qui marche pas, tout ça, c'est tout naze. On est à l'heure du blog maintenant, mes p'tits gars... Alors : longue vie à Mondes en chantier, le blog !
Jusqu'ici, je n'y avais jamais participé faute de temps ou de motivation. Sauf que, cette fois-ci, le thème du concours était une citation de Jacques Brel : "Pour avoir des rêves, il suffit d'être isolé". Instantanément, cela m'a évoqué une vague idée de scénario que j'avais, comme tant d'autres, rapidement jetée sur le papier en attendant, qui sait ?, d'avoir envie d'y revenir un jour. Il s'agissait d'une idée de scénario pour Terra Incognita.
J'ai donc repris mes notes, les ai passablement modifiées et les ai mises au propre avant de les poster sur le forum. J'ai très largement explosé le quota de signes raisonnablement acceptable pour un concours de synopsis et je ne suis pas vraiment sûr que tout cela soit compréhensible sans plus de connaissance de ce qu'est l'univers de Terra Incognita mais au Diable la compétition ! Cela m'a permi de reprednre une pauvre idée abandonnée, de la mettre en forme et d'espérer l'améliorer si je reçois des remarques conbstructives de lecteurs, qu'ils soient de ce forum ou de ce blog. En effet, je poste également ce synopsis dans ces pages. Bonne lecture !
Par le biais d’un
entremetteur issu de leurs relations communes (leur protecteur, par exemple), les Pjs entrent en relation avec une certaine Madame de Brécourt. Olympe de Brécourt est la jeune épouse du
Chevalier Antonin de Brécourt. Agée d’une petite trentaine d’années, très belle, gracieuse et élégante, Olympe passe le plus clair de son temps à s’occuper elle-même, dès que les conventions
sociales le lui permettent, de ses deux enfants en bas âge. Elle semble être une mère aimante et douce. Toute cette petite famille vit dans une confortable propriété campagnarde à l’abri des
miasmes de Paris. Leur petit manoir est entouré d’un délicieux jardin planté dont le Chevalier est réputé s’occuper avec une passion sans faille. Sans être richissime, tout indique que la
famille Brécourt vit largement à l’abri du besoin.
La belle Olympe est désireuse de rencontrer des personnes qui, comme les PJs, seraient susceptibles de s’embarquer pour les mers lointaines et, même, disons le tout net, pour les Terra Incognita. C’est pourquoi elle leur expose son drame personnel à la première occasion : son époux adoré est parti voici maintenant 3 ans à bord d’un navire armé par le Roi pour une expédition scientifique dans l’Océan Indien. Son époux est un grand spécialiste de botanique et c’est à ce titre qu’il a été engagé pour cette expédition : c’est son premier voyage vers les Terra Incognita et il attendait cela depuis longtemps. Seulement, à ce jour, aucune nouvelle. Du côté de la Royale, le navire est réputé perdu corps et biens. Pourtant, Olympe est persuadée, malgré toutes les évidences, que son mari vit encore et a besoin d’aide. Elle justifie cette intuition en montrant aux PJs un portrait de Antonin réalisé peu de temps avant son départ. Il ne se passe pas une seule heure que Dieu fait sans qu’elle ne l’admire et, à chaque fois, elle ressort de sa contemplation avec une étrange et profonde sensation de présence et de malaise. Pour elle, c’est une preuve suffisante. Grâce à ses soutiens hauts placés, elle est en mesure de faire armer un navire pour une expédition de secours mais elles auraient besoin de personnes qui, d’une part, soient capables de retrouver la trace de son mari et, d’autre part, qui soient prêts à la croire !
Nous supposerons, bien évidemment, que les PJs acceptent cette proposition : pour eux, quoi qu’ils pensent des convictions de Olympe, c’est une occasion presque unique de pouvoir (re-)prendre la mer vers les Terra Incognita. Voici quelques pistes que pourront explorer les PJs dans leur enquête :
- la famille Brécourt : le vernis de famille idéale semble impossible à faire craqueler, tous les renseignements qu’ils obtiendront des proches, des voisins ou des domestiques vont dans un sens élogieux.>
- La passion du Chevalier pour la botanique : elle est certes envahissante mais sans pour autant qu’il néglige sa femme,s es enfants ou les relations sociales. Brécourt est un excellent botaniste qui se passionne pour les plantes rares et exotiques
- Le portrait : Olympe elle-même, hypnotisée par le portait en même temps que par le souvenir de son mari, n’est pas capable seule de s’en rendre compte mais si on interroge un domestique, un proche ou, encore mieux, le peintre lui-même il apparaît qu’il y a des choses très surprenantes dans cette peinture. D’une part, le Chevalier n’a pas été peint avec ce sourire un peu béat qu’il affiche désormais (ce ne serait pas correct pour un portrait officiel) et, surtout, personne ne se souvient avoir peint ou vu ce type de fleur qui apparaît dans un coin du décor peint. Même pour un PJ botaniste ou pouvant avoir recours à un botaniste, cette fleur demeurera inconnue. En tout état de cause, un PJ artiste ou une rapide entrevue avec le peintre lui-même le confirmera : il s’agit d’une œuvre d’Art Inspirée, c’est-à-dire qu’elle représente bien plus qu’une simple image morte…
- L’expédition : par des voies classiques, il sera difficile d’en apprendre long sur celle-ci, tant elle semble être considérée comme un secret d’état. Pourtant, il ne s’agissait pas d’une campagne de relevés cartographiques ou de tests de nouveaux instruments de navigation, encore moins une prise de contact diplomatique avec une peuplade primitive… Grâce à de bonnes relations ou autres moyens détournés, il est heureusement possible d’en apprendre plus sur la direction suivie, la priorité toute botanique de l’expédition et, surtout, sur le rôle central joué par un cartographe vénitien, lui aussi embarqué pour l’occasion, un certain Girolamo Longhena.
- Girolamo Longhena : ce cartographe vénitien était inconnu il y a encore très peu de temps sur la place de Paris, il est arrivé de son Italie natale avec, semble-t-il, toutes sortes de chimères dans la tête. Très vite, alors qu’il ne baragouinait encore que deux mots de Français, il a entrepris de proposer ses projets d’expéditions au Roi-Soleil… et a donc fini par obtenir raison. Son dernier domicile connu se situe à Saint-Malo, port à partir duquel l’expédition s’est élancée.
Il est à noter que les recherches des PJs finiront immanquablement par attirer à eux les hommes du Secret du Roi qui ont mission de surveiller tout ce qui concerne de près ou de loin les Terra Incognita. Très désireux d’en savoir plus sur le sort de l’expédition perdue, ils suivront pas à pas les Pjs mais sans chercher à leur nuire pour le moment. Le Maistre devra veiller à laisser une chance aux Pjs de découvrir qu’ils sont surveillés.
Saint-Malo, port de départ de l’expédition perdue doit aussi être le port de départ de l’expédition de recherche : tout devrait donc conduire tôt ou tard les PJs vers la cité corsaire. Ils pourront y assister aux derniers préparatifs de leur bateau, affrété pour les beaux yeux de Madame de Brécourt. Le temps passé à Saint-Malo sera bref mais il peut s’y passer deux choses :
- les PJs peuvent enquêter sur Girolamo qui a laissé quelques souvenirs et même une chambre encore occupée en ville par ses effets personnels ; ce sera pour des curieux l’occasion de cerner un peu mieux la personnalité fantasque et les obsessions du cartographe : il veut à tous prix retrouver une île, qu’il nomme simplement « Isola », qu’il n’aurait apparemment fait qu’aborder lors d’un précédent voyage et qui, depuis, semble l’obséder. On trouvera dans les notes et croquis laissés derrière lui des renseignements précieux pour localiser l’île en question. On pourra aussi découvrir que c’est lui-même qui a pris contact avec Brécourt pour l’engager dans son aventure : son obsession semble donc liée à la flore de l’Isola.
- En tant que témoins ou acteurs s’ils en ont le courage, les PJs vont assister à l’agression du second de leur navire en pleine rue par des hommes masqués (en fait, des agents du Secret) ; qu’il soit blessé ou accusé à tort d’avoir tué ces hommes (peut-être avec l’aide des PJs, donc), l’issue sera la même : le second est indisponible pour le départ imminent. Comme par miraculeuse coïncidence, un officier de la Royale se présente le lendemain au navire des PJs, délégué auprès de l’expédition pour « sauver » celle-ci. Par chance, il se trouve que cet officier connaît en plus particulièrement bien les îles de l’Océan Indien. Il ne fait donc aucun doute que cet homme est un agent du Secret. Toutefois, les PJs ne sont pas en situation de refuser et devront simplement se méfier du providentiel second.
Le voyage est certes long mais se passe très bien. Il ne donne, a priori, pas lieu à de quelconques aventures sauf si le Maistre souhaite insérer cette expédition dans une plus vaste campagne.
Le terme du voyage semble arrivé lorsque les PJs découvrent une île inconnue qui correspond en tous points aux renseignements qu’ils possèdent sur la fameuse Isola de Girolamo. Le doute n’est plus permis lorsqu’ils découvrent, échoué sur le sable d’une crique et en fort mauvais état, le navire de l’expédition perdue. Il ne reste plus qu’à débarquer pour en apprendre plus sur le sort de l’équipage.
Jusqu’ici assez linéaire, le scénario va devenir dorénavant très ouvert quant à l’exploration de la Terra Incognita et à la recherche d’une solution au problème posé par le scénario. C’est une construction que, du fait même du thème du jeu, on retrouvera fréquemment dans les scénarios pour Terra Incognita.
L’examen des restes du navire, à terre, ne laisse que peu de doute : le navire ne semble pas avoir fait naufrage mais a plutôt été échoué sur cette grève puis a subi un pillage en règle (équipement, voiles, cordes, bois en partie…) qui l’a mis dans un tel état. A proximité immédiate de l’épave, les PJs vont vite tomber sur un individu hirsute qui s’avèrera être Girolamo le cartographe. Celui-ci semble avoir perdu le peu d raison qui lui restait avant de s’embarquer pour cette aventure. Il va à demi-nu, passant tout son temps à dessiner et redessiner des cartes sur le sable que la marée s’acharne à effacer inlassablement. Il tient des propos incohérents qui aident peu les PJs mais ceux-ci peuvent facilement le suivre jusqu’à sa hutte. Contre toute attente, le cartographe est relativement bien installé : il possède même des meubles sans doute tirés de son ancienne cabine. Toutefois, tout cela est désormais sale et puant au possible. Dans le fatras de son modeste intérieur, les PJs trouveront des monceaux de fragments de cartes déchirées. Toutes, y compris les cartes éphémères tracées sur le sable, représentent une île, toujours la même et très certainement Isola elle-même. Girolamo a nommé tous les lieux de l’île avec une toponymie assez fantaisiste et fort évocatrice (« Sommet de Folie », « Côte des Désirs », « Marais de Renoncement », « Caverne de Grand Oubli »…) qui rappelle de façon frappante les cartes imaginaires faites à la façon de celle du Tendre popularisée par Mademoiselle de Scudéry. Malgré la folie évidente du cartographe, les PJs seraient bien inspirés de noter ces noms avant de se lancer dans leur exploration. Après tout, la logique n’a pas souvent cours dans les Pays de Nulle Part…
L’exploration de l’île est trop longue à décrire ici mais les PJs y découvrent :
- que les toponymes donnés par Girolamo ont un sens
- que l’île est très agréable : elle ne possède aucun prédateur inquiétant, pas de peuplade primitive, des sources d’eau douce, des arbres fruitiers délicieux, un climat favorable…
- que tout l’équipage a, au moins dans un premier temps, survécu dans ce qui n’était autre qu’une sorte de naufrage volontaire collectif
- qu’une partie de l’équipage semble avoir finalement préféré se suicider de dépit
- qu’une autre partie de l’équipage tente de survivre par tous les moyens et n’a pas hésité à s’entretuer, sans doute même pour se procurer du matériel, voire de la « nourriture » ; rendus eux aussi comme fous par leur régression à un état quasi-animal, ils pourraient voir dans les PJs des proies plutôt que des sauveurs. A eux de se méfier…
(…)
Surtout, une large partie du littoral est de l’île, nommé Côte des Désirs par Girolamo, est encore occupée par des membres d’équipage qui semblent, à première vue, en pleine forme. Parmi eux : Brécourt ! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, chacun d’entre eux vit totalement isolé dans sa propre huette comme autant de Robinsons s’ignorant mutuellement… bien qu’ils vivent à quelques dizaines de mètres les uns des autres. Les PJs repèreront rapidement l’omniprésence dans la flore de ce côté de l’île d’une fleur exotique inconnue que les « naufragés » semblent tout particulièrement priser et que certains indices peuvent permettre d’identifier comme étant la fleur recherchée par Girolamo et donc l’expédition. Brécourt et les autres se montrent amicaux et (relativement) sains d’esprit : ils sont positivement enchantés d’être sur Isola et déclarent ne manquer de rien sur ce petit paradis terrestre où l’eau claire et les fruits succulents foisonnent, où il fait beau toute l’année, où on peut aller nu sans que nulle Eglise ne trouve à y redire… Interrogé explicitement sur sa femme et ses enfants, Brécourt mettra quelques temps avant de se rappeler de qui il s’agit avant d’en balayer rapidement le souvenir de quelques mots comme on le ferait d’un ami d’enfance regretté mais à jamais perdu de vue.
Comme on s’en doute, Brécourt et les autres membres d’équipage survivants se sont littéralement laissés envoûter par Isola et, plus particulièrement par le parfum de cette fleur inconnue que l’on nommera Fleur de Désirs. La Substance contenue dans ses pollens semble posséder d’incroyables propriétés euphorisantes qui conduisent ceux qui en sont baignés à ne rien vouloir d’autre qu’accéder au paradis chimique qu’elle procure à satiété. Les Fleurs ne poussent que sur cette côte mais semblent, étrangement, pousser toute l’année, sans aucun respect pour un quelconque cycle saisonnier qui, d’ailleurs, ne concerne pas ce Pays de Nulle Part.
Une fois l’exploration et ces constatations effectuées, les PJs ont toute latitude pour trouver une solution à ce problème. Voici quelques pistes :
- convaincre Brécourt que le vrai bonheur est auprès de sa femme et de ses enfants n’aboutira pas. Si les Pjs insistent, il commencera à les fuir. Après tout, il a peut-être raison : cette île n’est-elle pas réellement paradisiaque ?
- emmener Brécourt par la force est possible mais il se débat et prendra des risques considérables pour fuir ; à bord du navire, il se laissera mourir de faim.
- entreprendre de détruire toutes les Fleurs de Désirs fera entrer dans une rage folle et meurtrière Brécourt et les autres Robinsons.
- en marge de l’action des PJs, le second de leur navire, qui est définitivement un agent du Secret, entreprend de sa propre initiative de mettre des Fleurs de Désirs en pot afin de les ramener jusqu’au Jardin du Roy. Le parfum de la Fleur est si puissant que cela fera planer une sérieuse menace sur la bonne marche du navire durant le voyage de retour, plus d’un membre d’équipage, séduit par son parfum, préférant, à leur tout, que le navire reste là à tout jamais. Les PJs doivent donc combattre ou contrôler les manœuvres de cet homme là sur leurs arrières.
- bien évidemment, les PJs (et autres membres d’équipage se trouvant avec eux à terre) ne sont nullement immunisés contre le parfum de Désirs et, très vite, les effets de celui-ci sur chacun d’eux se fait sentir : chaque PJ, en fonction de son profil et de son histoire personnelle, tend à penser que c’est sur cette île qu’il va voir s’accomplir ses plus intimes désirs. A eux de réagir avant qu’il ne soit trop tard !
Au bilan, il est possible pour les PJs de s’en sortir en agissant vite et bien, y compris par la force et surtout en ménageant les différents intervenants : combattre l’homme du Secret est inutile et dangereux, se mettre à dos les Robinsons est contre-productif… Toutefois, il sera impossible de réaliser tous les objectifs qu’on leur a fixés. Même si Brécourt revient vivant auprès de sa femme, il aura toujours le regard vague et l’âme quelque part du côté d’Isola.
Et si le plus simple était finalement de le laisser là-bas et de faire croire à sa femme qu’on n’a retrouvé que son corps et ses effets personnels ? Quant au sourire béat sur la peinture Inspirée, il suffira de lui dire qu’à n’en pas douter son tendre Chevalier est au Paradis où il l’attend, serein et patient, pour un bonheur éternel…
Je sais ce que vous vous dîtes : ce type
prend un temps fou à relire des vieux suppléments Cyberpunk dont tout le monde se rebat et à prétendre faire des recherches documentaires pour un projet de jeu post-cyber dont on ne
verra jamais le début de la première page. Et tout ça, juste pour nous faire oublier qu'il est sensé bosser plus sérieusement sur un jeu nommé Terra Incognita qui doit offrir la
possibilité de vivre des aventures à la Gulliver dans un 18ème siècle uchronique.
Et là, je dis que vous êtes injustes.
En fait, Terra Incognita a rarement avancé autant que ces dernières semaines. Le plan de travail est à peu près respecté pour la première fois depuis... euh... depuis toujours en fait. Une centaine de pages de texte brut viennent de rejoindre leurs petites copines que je tenais au chaud depuis un bon moment déjà. Il y a désormais une vraie dynamique d'écriture et on peut espérer avoir enfin des trucs lisibles et jouables pour dans... euh... pour dans bientôt. N'en rajoutons pas trop, quand même. En effet, selon une règle universellement vérifiable, moins on parle d'un projet sur un blog ou forum, plus il avance vraiment. Et inversement.
Donc, oui, bien vu, lecteur perspicace : TAZ n'avance pas du tout ;-! Et Terra Incognita risque de suivre aussi si je continue à en parler ? Encore bien vu !
Bon, petit bilan. Qu'est-ce qu'on a désormais sur ce bon vieux HD ? Le moteur de jeu, oki. Vous me direz, c'est bien le moindre tout de même. Surtout que le jeu n'a aucune vélléité à créer un système génial et novateur. Ceci dit, trouver le bon moteur pour le bon gameplay, ça n'a rien d'évident du tout. C'est même un des grands plaisirs de faire son propre jeu de rôles : faire des choix. Tiens, je posterai bientôt un ou deux articles (euh ? ... non, rien) sur le gamedesign comme on dit pour faire genre je réfléchis. Le système de combat, c'est fait aussi. Qui a dit "ça a même du être fait en premier" ? Non, mais, ho. Les 12 archétypes (je vous ai déjà dit que j'aimais bien les bons vieux systèmes d'archétypes ou bien ?) choisis et définis. Les règles de création de persos itou. Des règles annexes en veux-tu en voilà. Enfin, c'est pas Rolemaster non plus ; chaque règle est surtout l'occasion d'aborder un des traits saillants de l'univers : Picaresque, Sérendipité, Coteries, ce genre de choses.
Ces dernières semaines, j'ai attaqué enfin l'escalade de l'Everest par la face Nord sans les mains. En effet, avec le sieur David on avait convenu qu'il serait bien cool que chaque archétype possède ses propres Prodiges afin de bien les singulariser et surtout les lier à l'ambiance "voyages extraordianires" qui est celle du jeu. Ouééé, ça, c'était une idée qu'elle était bonne. 12 archétypes, 4 niveaux de Prodiges progressifs = 48 Prodiges à imaginer, décrire et, surtout, à traduire en termes de règles. La fête. Quand je pense qu'au début, j'avais prévu 20 archétypes... Bon, désormais, ça, c'est fait. Et, en toute immodestie, j'en suis plutôt content. Si je devais être joueur, je crois que j'aurais même du mal à choisir mon archétype.
Ah oué, c'est vrai : faut aussi du background dans un jeu de rôles. Mince. Je me suis enfin décidé à faire de l'air dans mes dizaines de pages manuscrites sur le sujet et à mettre tout ça en forme lisible. Une présentation synthétique en 4 pages, un glossaire, une chronologie assez détaillée (c'est quand même une uchronie) et un récit d'environ 25 pages de l'arrière-plan uchronique. Done ! On y ajoute l'essentiel : 2 gros scénarios de plus de 50 pages chacun qui sont dans la boîte depuis quelques temps déjà.
Qu'est-ce qui nous manque alors ? Niveau background, il y a un peu de boulot pour présenter l'univers au temps présent, c'est-à-dire au moment (en 1720) où les PJs entrent en jeu. Les notes sont là, le plan de travail aussi : faut juste s'y mettre. Niveau règles, c'est surtout du "listing" qui reste à faire. Certaines "listes" (intrigues personnelles, armes, équipement...) sont commencées mais doivent être laborieusement complétées et équilibrées. Il faut aussi faire du polissage en relisant, débugant... bref, y a du taf quand même.
En parallèle, je m'amuse à bricoler un peu mon stock d'images en tous genres collectées sur le sujet au fil de mes pérégrinations
documentaires. Je vous ai mis un de ces collages en illu de l'article. Oki, oki, ça casse pas trois pattes à un canard et c'est limite si on ne voit pas la colle faire des pâtés entre les
calques. Eho, n'est pas Jee qui veut non plus. Outre le plasir personnel que j'y prends, le photomontage est un exercice qui me semble très utile pour aider à définir le rendu de l'univers
du jeu. En toute modestie, c'est le principal objectif que je donne à ces bricolages.
Allez, j'y retourne. Si vous m'avez bien compris, si vous n'avez plus trop de nouvelles de ce projet dans les 2/3 mois à venir, c'est du tout bon ;-!
Nous vous avions déjà parlé ici même du 1er jet d'un article passionnant écrit par l'excellent Xaramis (vous placez "excellent Xaramis" au Scrabble, vous
rafflez la partie...) sur les jeux de rôles de style "cape et d'épée", style que le plus mousquetaire de tous les rôlistes affectionne bien sûr tout particulièrement.Comme le Monsieur est plutôt du style perfectionniste (la preuve : regardez avec quel soin minutieux il paufine la première ébauche de Ombres & Lumières ;-! ), il a donc repris son 1er jet, l'a complété grâce à quelques remarques faîtes par d'autres rôlistes, s'esta djoint l'aide d'un autre talentueux Oberonniste pour la mise en page : Moustrap...
... et hop, c'est tout de suite Hollywood ! On a alors un magnifique PDF de 17 pages fort joliment mis en page et même illustré, soyons fous. L'article commence par une définition du genre puis enchaîne avec l'établissement d'une typologie des jeu de rôles existants selon l'intensité et la franchise de leur rapport au genre qui nous intéresse ici. A noter que Xaramis intègre tous les jeux dont il a connaissance : pro, amateurs, Vo, VF... Le gros du PDF est ensuite consacré à une série de notices courtes mais pointues et critiques sur les jeux intégrés à la typologie.
Enfin, l'article se termine par une série de conseils de l'auteur pour mettre du KPDP (ouais, moi aussi, j'suis jeune !) dans son jeu. Oho, je m'en vais relire ça à tête reposée et avec un bon surligneur afin d'intégrer tout ça à Terre Incognita. Ce dernier ne sera sans doute pas un membre "de la famille au sens strict" mais à coup sûr un "cousin proche". Eh ouais, désolé Xaramis, mais bientôt, il faudra réviser ton article pour le mettre à jour ;-!
C'est sur la Cour d'Oberon que cela se passe ; à cette adresse :
http://couroberon.com/auteur/kpdp.pdf
N'oubliez pas de laisser un petit commentaire à l'auteur sur le forum du même site !
A l’occasion d’un petit détour estival par Saint-Malo, je me suis livré à mon plus grand vice : le détournement touristico-rôliste. Il s’agit, et tous les vrais
rôlistes se reconnaîtront (allez faire un tour sur le blog des Hu-Mu pour voir…), de détourner une innocente ballade ou visite de musée en quête d’inspirations ou de renseignements pour des
scénars ou autres textes de jdr. Il en est même, pervers d’entre les pervers, qui détournent des voyages scolaires entiers dans ce but mais je n’en dirais pas plus par bonté d’âme…
Donc, dans la cité corsaire, on donne à voir en ce moment (et ce jusqu’à la fin de la saison) à la chapelle Saint-sauveur dans l’intra-muros l’exposition itinérante La mer pour mémoire dont le thème, peu racoleur, est l’archéologie sous-marine sur les rives du Ponant. Derrière cet intitulé un peu aride, détrompez-vous, on trouve des merveilles. Cette exposition bénéficie d’une muséographie très attractive et sait naviguer (arf, arf) du plus scientifique au plus didactique sans négliger, c’est suffisamment rare pour être souligné, la part du rêve. En conséquent, tout est réuni pour qu’un rôliste en vadrouille y trouve tout ce qu’il cherche. Et même plus.
Pour Terra Incognita (prétexte au classement dans cette rubrique), j’ai noirci quelques feuillets de notes (et louché sur le catalogue). Le 1er développement de l’exposition est sur l’exploration des mondes sous-marins, ces autres Pays de Nulle Part. Or, comme les choses sont bien faites, cette exploration a débuté avec les premiers scaphandriers et autres cloches de plongée… vers 1715-1720. Et hop, dans la boîte !
Quelques autres bricoles également : des petites choses sur l’utilisation des astres dans la navigation, sur la bataille de La Hougue en 1692 (ah, le Soleil
Royal !)… et tout simplement sur le thème du naufrage, thème baroque s’il en est et qui sera inclus dans le premier scénario pour Terra Incognita, « L’île aux
Marmousets », mis en boîte juste avant les vacances.
Mais, bien évidemment, LE jeu qui trouve là toute son inspiration, c’est Pavillon Noir ! La plupart des épaves dont il est question évoquent le 17ème-18ème siècles, certaines encore plus précisément le monde des corsaires. On trouvera pour l’univers de ce jeu énormément d’informations sur la vie à bord, la navigation, le combat naval… Mais, me direz-vous, tout cela, on le trouve aussi dans des livres. C’est vrai mais voici deux exemples de ce que l’on peut trouver dans cette exposition et qu’on ne trouvera pas dans un ouvrage en 2D :
- un entrepont reconstitué avec canons, sabords et la mer qui défile au loin…
- la visite d’une maquette de voilier filmée par endoscope !
A cela s’ajoutent les petits détails qui font vrai (et pour cause !) nécessaires pour peupler un navire de pirates : le petit singe de 6 mois dont on a retrouvé les os dans la cambuse, l’étui de pipe sculpté en forme de pistolet… A vous d’aller choisir les vôtres !
Bref, une visite estivale chaudement conseillée si vous vous rendez à Saint-Malo.

La plaine était encore déserte. Les herbes hautes jaunies par le soleil équatorial ondulaient légèrement mais aucun pied rageur ne venait encore les fouler.
Du haut du promontoire, l'homme semblait pourtant scruter le danger à venir.
"Chevalier ! Chevalier !"
Un individu grassouillet et débraillé, vêtu d'une chemise sale et d'un chapeau de paille ayant connu des jours meilleurs, accourait, suant et soufflant.
"Chevalier ! Ils... ils arrivent ! Ils vont nous massacrer."
L'homme, toujours scrutant l'horizon, lui répondit la voix claire et posée, en désignant du menton l'étendue déserte qui s'étendait à ses pieds :
"Allons, Gros Pierre, visiblement, nous avons tout le temps de recevoir ces bons messieurs comme il le faut."
"Mais, mais... voyons, mon Maître : ils sont au moins douze. Et puis... ce sont des SAUVAGES !!"
"Aha, rassure-toi, Gros Pierre. Tu vas pouvoir courir te cacher. Mais avant cela, sois un bon valet : apporte-moi mes deux fusils. Et bien sûr, tu m'amènes Albert aussi."
"A... Albert ?"
"Et bien oui, nigaud. Crois-tu que deux coups suffiront à arrêter ces Naturels ? Allons, allons..."
Couine, couine, couine... Quelques instants s'étaient écoulés depuis que le valet s'était eclipsé et voilà déjà qu'il revenait bien chargé. Dans son dos, en bandoulières, il portait deux solides fusils richement ornés. Mais surtout... couine, couine, couine... dans un lancinant grincement de roulettes mal graissées, il poussait devant lui jusqu'en haut du promontoire, un étrange personnage. Sans doute le dénommé Albert.
Ce dernier avait l'apparence d'un valet de qualité avec perruque et livrée impeccable. Il en avait d'ailleurs aussi le port, sévère, et l'expression, marmoréenne. Assurément un tout autre standing que Gros Pierre. Couine, couine, couine... pourtant, toute la moitié inférieure de son corps n'était qu'un pied en bois terminé par quatre roulettes de métal. Albert n'était qu'un automate.
Aussitôt à sa portée, sans mot dire, le Chevalier s'empara des deux fusils, en vérifia le chargement, puis installa près de lui, légèrement en retrait, l'automate. Il remonta à fond la volumineuse clef plantée dans le dos d'Albert. Gros Pierre, les yeux écarquillés de terreur regarda faire son maître quelques instants puis, se sentant de toute façon impuissant, détala ventre à terre.
Presque aussitôt, une douzaine d'Hommes Naturels, emplumés et armés jusqu'aux dents de casse-têtes et autres haches de pierre, apparurent au loin, s'avançant l'air déterminé vers le chevalier.Celui-ci épaula la première de ses armes, arma le mécanisme en silex puis attendit, droit comme un i. Derrière lui, Albert, bien que remonté à bloc, restait toujours immobile, les bras figés dans une étrange danse interrompue.
Quand les Hommes naturels furent suffisamment près, le chevalier déclencha le mécanisme. Pffffouu. La balle atteignit le premier guerrier au front, créant une certaine panique dans le rang des Naturels.
Le chevalier, quant à lui, gardant un calme impressionnant, saisit sa deuxième arme d'une main, tandis que, de l'autre, il confiait le fusil encore fumant aux mains insensibles de Albert. Aussitôt l'arme entre ses mains de porcelaine, Albert prit vie et, dans une suite de geste implacablement réglée commença à recharger. Pendant ce temps, le chevalier avait déjà épaulé sa deuxième arme.
Cet étrange ballet à deux, homme et machine, dura de longues minutes. Devant l'inattendue cadence de tir de cet homme seul, les Naturels n'avaient eu d'autre recours que de se disperser pour tenter de s'abriter derrière les maigres obstacles naturels qui s'offraient à eux. Déjà, cinq d'entre eux gisaient à terre, mortellement touchés par les armes consciencieusement déchargées par le chevalier et rechargées par son allié mécanique.
Le chevalier, qui venait cette fois-ci de manquer sa cible, se retourna pour se saisir de la deuxième arme des mains d'Albert. Pourtant, celui-ci ne la tendait pas à son maître humain. La gestuelle minutieuse sans doute légèrement déréglée par les rudes conditions naturelles ou par le manque d'entretien n'avait pu aller au bout de la série et l'automate s'était figé en position d'attente. La baguette servant à bourrer la charge au fond du canon était brisée et, visiblement, coincée dans le canon, rendant l'arme inutilisable. Comble de malheur, l'incident imprévu avait momentanément déprogrammé l'automate.
Le chevalier se retourna, son unique arme déchargée à la main. Mus par un instinct sanguinaire, les guerriers survivants avaient abandonné leur cachette et se dirigeaient vers le promontoire, bien décidés à venger leurs compagnons.
Le chevalier eut une moue ennuyée alors qu'il tirait son épée :
"Pourquoi diable n'ai-je point fait confiance à cet ingénieur autrichien que je croisai la dernière fois au Palais Royal ? Si j'avais adopté sa toute nouvelle carabine à rechargement automatique, je ne serais pas dans un si grand embarras..."

Comme chaque amateur éclairé de jeu de rôle s'en doute, quand on est un peu bloqué dans l'écriture des règles d'un jeu, il n'y a pas 36 façons de retrouver la foi et la motivation, il n'y en a qu'une : se pencher sur le chapitre des gros guns qui tuent.
C'est donc en suivant cette saine tradition rôlistique que je me suis penché voici quelques temps sur le cas des armes pour Terra Incognita. Bah oui, soyons sérieux : au bout d'un moment, la Sérendipité, les contes philosophiques, les cabinets de curiosités, ça va bien. Va donc falloir aussi penser au matos à viander.
Pourtant, si il y avait bien un domaine des vastes connaissances humaines où je me trouvais béotien (en dehors, à la rigueur, de la physique quantique...), c'est bien celui des armes. A fortiori les armes au début du 18ème siècle. Je me suis donc procurer un peu de documentation sur ce sujet pointu grâce à cette bonne vielle bibliothèque municipale et, évidemment, à Internet. Et là, c'est la claque. Je me suis bien fait piégé et j'ai découvert une période tout à fait fascinante en ce qui concerne l'évolution des techniques d'armement. Benoîtement, je situais l'âge d'or rôlistique des gros flingues dans le cadre des jeux cyberpunk et autre futur proche avec les polymères-un-coup, les smartguns et autres triangulations optiques. Et bien franchement, Guns 1720 dame le pion à 2020.
Quand on veut bien y penser, ce n'est pas si surprenant que cela. Après tout, depuis la mise au point à la fin du 19ème siècle/début du 20ème siècle des munitions à percussion et de l'alimentation automatique par chargeur, les armes à feu contemporaines ont atteint une sorte d'absolu. Difficile de faire mieux en attendant le laser ou autre arme énergétique improbable et donc réservées aux jeux de futur lointain.
Alors qu'en 1720, on est en pleine période d'expérimentations en tous genres. Le fusil à silex est en train de s'imposer mais d'autres mécanismes (à mèche, à rouet...) continuent d'exister. Surtout, bien que représentant une amélioration certaine par rapport à ses prédécesseurs, le fusil à silex est loin d'être idéal : par exemple, le risque de long-feu est encore important et le temps de chargement reste encore horriblement long. D'astucieux armuriers cherchent alors des solutions tout azimut et, franchement, je n'aurais pas pensé que tout cela pouvait exister au 18ème siècle : armes automatiques, armes à air comprimé...
Il reste maintenant à traduire tout cela en règles, à la fois de combat mais aussi de construction et d'amélioration d'armes uchroniques. C'est en cours. Mais, paradoxalement, la difficulté est maintenant inverse à celle d'avant mes recherches documentaires : ne pas rendre tout cela trop complexe !
Comme bien souvent, je draguais au hasard les rayons de ma librairie préférée en me disant, de façon un peu perverse (hum, avec draguer et pervers dans la même phrase, les moteurs de recherche vont adorer cet article ;- !), que je pourrais certainement phagocyter l’une ou l’autre de ces nouveautés au profit de Terra Incognita.
Le bingo intervenait au rayon BD. Mon regard y était intercepté par la couverture du dernier Tronchet et surtout par son titre, très évocateur : Le peuple des endormis. Voyant quelque jabot et chapeau à plume sur la couverture, mon regard acéré venait d’identifier une œuvre potentiellement utilisable. Je feuilletais donc et là, ça se confirmait : époque Louis XIV mais aussi et surtout voyages lointains, animaux empaillés pour des cabinets de curiosité… tout cela me semblait bel et bon pour moi !
Evidemment, je me décidais aussitôt à ne pas l’acheter… pourquoi ? Bah d’abord, je ne suis pas trop fan de BD en général. Et je n’accroche pas forcément au style de Tronchet en particulier. Et puis surtout, la BD indiquait qu’il s’agissait là d’une adaptation d’un roman d’un certain Frédéric Richaud, qui cosigne l’album. Bref, je me dis qu’il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints et, préférant la littérature écrite avec des mots, je me mets en quête du roman éponyme. Rien. Nada. Je surfe donc sur Internet (d’où l’expression : « Nada ? Surfe ! ») pour recherche une trace de ce roman et le commander fissa. Rien non plus. Trop fort : l’adaptation d’un roman qui n’existe pas. Décidément, ce mystère me plaisait bien. Mais ne m’avançait guère pour autant…
J’avais un peu lâché l’affaire quand, un autre jour où je me livrais à cette même occupation en librairie, je tombe sur… un nouveau roman de Frédéric Richaud. Ah, il s’appelle La ménagerie de Versailles. Tiens, tiens, Versailles, hein ? 4ème de couverture : « Depuis que Louis XIV s'est fait construire une ménagerie non loin de son palais de Versailles, le marquis de Dunan ne dort plus. Et s'il fournissait au Roi une bête féroce, au côté des pélicans et des autruches qu'admirent déjà les courtisans ? Sa gloire et sa fortune seraient faites... Mais Dunan court en vain les foires du Royaume : les spécimens intéressants sont rares. Il en faudrait plus pour décourager notre homme, qui se lance alors dans une folle aventure où les fauves ne sont pas toujours ceux qu'on croit... »
Mouaif, c’est en fait le roman que je cherchais. Le fin mot de l’histoire, c’est que l’adaptation en BD a eu lieu AVANT la publication du roman et que, pour différentes raisons (notamment car il y a quand même quelques différences entre les deux), le nom du roman a finalement été changé. Dommage, le nom de la BD me plaisait mieux. Enfin, pas rancunier, j’achète le roman et, dans la foulée, paf, je le lis.
Les mauvaises langues diront : « pas bien difficile », rapport au fait qu’il s’agit vraiment d’un court roman (moins de 200 pages très aérées). Comme on le sait, la longueur ne fait rien à l’affaire. De fait, c’est bien. Très sympa à lire. L’histoire est intéressante, la fin amusante (c’est un livre à chute donc je ne dirai rien de plus), les personnages attachants. Surtout, le style de Richaud est simple et élégant : c’est vraiment une langue tirée au cordeau avec sujet-verbe-complément et allégement systématique du gras (multiplications d’épithètes, métaphores douteuses…). Très agréable.
Note : adaptation à faire pour (beaucoup) plus tard…
Après vous avoir parlé d’une impressionnante somme d’un auteur américain autour du sujet de Terra Incognita (The baroque cycle… pour les infidèles au poste)… mais que je n’avais pas encore lu, je vais vous parler d’une impressionnante somme d’un auteur américain autour du sujet de Terra Incognita… mais que j’ai lu cette fois-ci ! De plus en plus fort.
Bon, en fait, je n’en ai lu que deux tomes. Il faut dire que le cycle dont je vais vous entretenir, L’âge de la déraison de Gregory Keyes, n’est pas une trilogie, non, madame, c’est une tétralogie (4 volumes pour ceux qui préfèrent les noms non-pédants). Mais où s’arrêteront-ils ces américains, où s’arrêteront-ils ?!
En ce qui me concerne, 2 sur 4, 50 % de « read ratio », ça me suffit, je n’ai pas tant que ça de temps à perdre non plus…
Le petit Gregory est donc un assez jeune auteur de SF américain qui après deux romans plutôt dans le style de la fantasy (pas lu…) s'est imposé avec, donc, L'Age de la déraison, sa tétralogie évoquant un XVIIIe siècle parallèle (limite perpendiculaire même…) constitué de Les Démons du roi-soleil (Grand prix de l'Imaginaire 2002), L'Algèbre des anges, L'Empire de la déraison et enfin Les Ombres de Dieu. Pour les curieux fauchés et malgré les jolies couvertures des éditions actuelles, attendez encore quelques jours : le cycle va être dispo en poche chez Pocket SF courant Mars 2007.
Bon, vous commencez à me cerner : Roi-Soleil, 18ème siècle parallèle, jolies couvertures avec photomontage… paf, ni une, ni deux, j’achète et je phagocyte pour le contexte de Terra Incognita.
Oui. Mais en fait, non.
Le fait que j’ai arrêté les frais au deuxième volume est certes l’indication que je ne suis pas garçon à me décourager si vite mais faut pas abuser quand même. Bref, je me suis bien fait chier à la lecture de cette moitié de tétralogie. Disons le tout de suite, malgré quelques prometteuses pistes, malgré Louis XIV, Newton et les autres, l’ambiance de ce bouquin s’éloigne à des lieues de celle que je souhaite donner au monde de Terra Incognita.
Comme moi, vous ne trouviez pas La lune et le Roi-Soleil de Vonda McIntyre assez fantastique et uchronique ? Comme certains lecteurs, vous trouvez le Baroque Cycle de Stephenson trop bavard et pas assez concentré sur l’action ? En lisant L’âge de la déraison, vous allez vous en prendre plein la gueule : les bateaux volent, les villes explosent (siii !), y a des démons partout, pis des anges aussi pour faire bonne mesure…
D’aucuns pourront y trouver leur compte de rebondissements et d’action (encore que, franchement…) mais dans l’optique « je lis avec un surligneur pour piller des idées », c’est sec. On s’éloigne tant et tant de l’Histoire qu’à la fin on se demande bien pourquoi Keyes n’a pas plutôt créé un monde de fantasy original aux décors et à l’ambiance seulement inspirée d'assez loin par notre Histoire moderne ou, plutôt, par nos récits de cape et d’épée.
Pour moi, la déception vient surtout du fait que, justement, tout part pour faire de ce récit une belle uchronie fantastique. Un des points de départ est la double face de l’illustre Newton dont on sait qu’il est à la fois le père de notre science moderne et un des derniers alchimistes qui croyait réellement à cette « science ». Mais, dans ce cycle, le personnage devient vite une sorte de Gandalf dépressif sans lien avec le personnage réel. De même, Keyes s’amuse à introduire des machines de SF dans son 18ème siècle : machine à communiquer façon TSF, bateaux volants… mais il omet alors de faire de son univers une uchronie. Comment est-il possible que le Tsar de Russie puisse aligner une flotte de centaines de bateaux de guerre volants et que, dans le même temps, ces formidables inventions n’aient pas été utilisées pour les communications, les échanges commerciaux, l’agrément des grands nobles… ? Keyes n’a retenu que l’aspect amusant pour l’action (poursuites, combat…) de ces inventions et pas du tout leur aspect uchronique.
On pourrait dire alors : « mais tout ça est très bien pour un jeu de rôles justement ! ». Je ne suis pas d’accord. Tout simplement parce qu’on n’y croit pas une seconde. Où est dans ce récit le plaisir de l’Histoire si celle-ci est déformée à ce point ? Contrairement au Baroque Cycle (enfin, d’après ce que j’en sais…), l’innovation scientifique et technologique n’y est pas plausible et l’imaginaire de référence n’a rien d‘authentique non plus.
Ce décor en carton pâte fait un peu penser à celui du jdr 7th Sea … et encore ! On serait plutôt dans une sorte de version super-héros très américanisée de nos récits de cape et d’épée.
Un peu comme si Jean Marais se faisait casser la gueule par les 4 Fantastiques, vous voyez ?

Alors que je surfais sans but précis sur différents sites et blogs rôlistes pour faire ma petite collecte d’infos habituelle sur le PLF, voilà t’y pas que je tombe, sur le blog de Hugin & Munin, sur la couverture du bouquin qu’un des deux Hu-Mu (je ne sais plus si c’est Cédric ou Philippe, pardonnez-moi, je sais, c’est moche…) est en train de lire. Je me dis d’abord : « Tiens, un bouquin de Neal Stephenson ? J’ai pas trop aimé Le samouraï virtuel et L’âge de diamant… voilà donc un bouquin que je ne lirai pas. » Et puis je vois le sous-titre, « The baroque cycle ». Ah ? quoitèsse ? Je veux que Terra Incognita soit un jeu à l’ambiance baroque alors dans le plus grand des hasards, je me lance à la pêche aux infos.
Il semble donc qu’à l'issue de près de 10 ans de travail préparatoire le « Cycle Baroque » soit le monument de Neal Stephenson, un auteur habituellement catalogué « post-cyberpunk » : ce monument est constitué de 8 livres regroupés dans l’édition US en trois volumes d’environ 1000 pages chacun ne formant qu'une seule et même histoire et nous plongeant dans le bouillonnement intellectuel et scientifique qui a secoué l'Europe (avec quelques passages dans des contrées lointaines et exotiques) de 1650 et 1720.
Le roman est conçu comme la « suite » du Cryptonomicon, un des best-sellers de l’auteur. Dans le style, rétro-science, l’auteur nous entraîne dans l’exploration des multiples innovations scientifiques et techniques de l’époque, le tout baigné de l’étrange contexte alchimiste dont on sait que le plus grand savant de l’époque, Newton, était aussi un fervent adepte.
Le roman reste néanmoins en marge des grands événements scientifiques et politiques du siècle, attaché aux destins de trois personnages fictifs, Daniel Waterhouse, Jack Shaftoe, et Eliza. Un savant, un soldat de fortune, et une femme fascinante. Leurs aventures les amènent de Vienne à Versailles en passant par La Haye et le Saint Empire, le tout dans un style volontiers picaresque.
Ouh, pitin… 1650 à 1720 ?? baroque ?? picaresque ?? contrées lointaines et exotiques ?? alchimie ?? Newton ?? Raaaaah, Neal, sort de ce corps !! C’est Terra Incognita, le roman ou quoi ce truc ? Et en plus, n’aimant pas spécialement ce que j’ai pu lire de Stephenson, je ne suivais pas du tout les sorties de cet auteur et je n’en ai donc jamais entendu parler alors que c’est sorti en 2004 quand même. Autant dire que je suis à la fois très en colère d’avoir laissé passer cette info depuis presque 3 ans et en même temps super excité à l’idée de pouvoir lire cette œuvre que j’espère bien phagocyter au maximum.

A l’inverse de l’inspi précédente, voici, je crois bien, le premier roman que j’ai lu en pensant au contexte de Terra Incognita. Je l’ai trouvé tout à fait par hasard, sur Internet, en lançant une recherche bibliographique avec Roi-Soleil en mot clef. Imaginez ma joie : la thématique Lune/Soleil et un roman présenté comme une uchronie fantastique à l’époque de Louis XIV… miam-miam, me dis-je !
Surtout, j’ai tout de suite flashé sur la couverture : très beau montage photo (si, si, je vous jure : c’est un montage…) sur le thème des monstres marins. C’est super important : pouvoir se faire des images, autrement que dans sa tête bien sûr, autour du contexte que l’on imagine. Par contre, si j’avais du me contenter de la kitschissime couverture ricaine, je serais sûrement resté sec question imaginaire…
Enfin, ce qui ne gâtait rien, l’auteur n’est pas n’importe qui : Vonda McIntyre, qui commet ces derniers temps, il est vrai, surtout des novellisations de Star Wars ou de Star Trek, est une auteur de SF d’expérience qui a déjà eu de nombreux prix. Justement, ce roman a lui même reçu le prestigieux Nebula.
Je me lançais donc avec avidité dans la lecture de ce roman, prêt à saisir au rebond toutes les bonnes idées qui pourraient n jaillir pour vivifier mon propre contexte uchronique. Alors justement, contrairement à ce qu’annonce la 4ème de couv et l’auteur elle-même dans sa préface : ce n’est PAS une uchronie. C’est une histoire qui relève plutôt de l’Histoire secrète et fantastique.
Le pitch ? (non, David, il n’y a pas de département magnétique dans celui-ci non plus…)
En 1693, le père jésuite Yves de La Croix, féru de philosophie naturelle et de science moderne, explorateur au service du Roi Louis XIV, ramène à Versailles un couple de créatures marines capturées dans les mers sauvages du Nouveau Monde. Aidé de sa jeune soeur qui, loin des intrigues de la cour, se voue à l'étude des sciences naturelles, protégé par le Roi qui espère découvrir le secret de l'immortalité, il cherche à percer les mystères du chant de ces sirènes vivantes. Le naturaliste se livre alors à toutes sortes d’expérience pendant que les créatures fantastiques, maintenues captives dans un des bassins des eaux de Versailles, servent de centre d’intérêt à la Cour. La sœur de Yves de La Croix, elle, tente, jour après jour, d’entrer en contact avec une de ces créatures qu’elle pense douée d’intelligence…
Franchement, très jolie idée. Et puis, en ce qui me concerne, les thématiques de Terra Incognita y sont copieusement abordées : retour d’une expédition vers des Terra Incognita, volonté du Roi d’en exploiter les potentialités, créatures fantastiques, l’ambiance de la Cour, le père jésuite qui ferait un très bon PJ… Pain béni ! Par contre, comme je le disais plus haut, pas d’uchronie. Sans tout raconter pour ceux qui voudraient le lire, l’épisode est présenté comme ayant réellement existé et ayant été tenu secret. Il n’a, de fait, en rien changé l’Histoire. Ce n’est donc pas une uchronie.
Et donc, à part ça, ce roman, il vaut quoi ? Bon, déjà, Vonda est américaine. Bah, ça se sent. J’ai le sentiment qu’elle s’est beaucoup documentée sur une Histoire dont elle devait connaître peu de choses… et que ça l’a proprement fascinée. Sans doute même plus que son idée de monstres marins. Résultat : on a droit à des descriptions à n’en plus finir de la vie à Versailles, de l’étiquette de Cour, à tous les lieux communs sur Versailles (genre : vous saviez qu’on y faisait pipi dans les couloirs ?), aux intrigues des courtisans... C’est très long, très lent et, pendant ce temps, les pauvres monstres marins moisissent dans leur bassin sans être au centre de l’intrigue comme on l’espérait.
Il faut vraiment attendre le dernier quart (et encore…) du livre pour voir le récit revenir à son sujet central et nous proposer enfin une certaine envolée de l’intrigue principale. Du coup, celle-ci est assez peu exploitée et on reste sur sa faim. Surtout : que c’est lent ! Assurément, si je n’avais pas lu cet ouvrage avec l’œil pervers du rôliste en maraude, j’aurais lâché l’affaire avant le milieu du bouquin pour passer à autre chose.
Mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut rien en garder. Au contraire même. L’idée centrale est très belle et cadre parfaitement avec Terra Incognita. Donc, c’est décidé, je vais rendre un petit hommage à Vonda et ses personnages en glissant moi aussi une histoire de sirènes et de monstres marins dans le background de mon univers. Par contre, la structure décevante du récit va m’obliger à imaginer moi-même les conséquences uchroniques d’une telle apparition monstrueuse !