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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 10:16

marlene.gifAprès s’être de lui-même retiré définitivement de la vie politique, un homme seul, prématurément vieilli, fait les cent pas dans une impasse en marmonnant… Ce pays merdique s’imagine que je vais céder à la pression ? Je lui réserve une surprise ! Tous ces gens n’en ont pas fini d’entendre parler de moi. Ils verront ma photo à la une en sirotant leur café et ils se diront : « J’aurais pas dû le traiter comme ça, j’aurais dû me douter qu’il allait redevenir quelqu’un. » Il va bien falloir que quelqu’un leur apprenne comment ça se passe.

 Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes 

Regardez-le ! Toujours la bonne vieille même histoire, encore un à qui une femme aura été fatale. Il s’y voyait déjà pourtant, ce premier rôle était pour lui ! Et comment lui donner tort, les films noirs sont des affaires d'hommes après tout, mais des hommes qui s'enlisent parfois dans les tréfonds de la crapulerie à cause de leur désir pour une apparition féminine à se damner. « Lorsque je serai au pouvoir, on les pendra tous à des crocs de boucher » aurait déclaré un futur Président*. Depuis il a tout fait pour la retenir cette femme fatale, il l’a amenée à toutes les coteries, il a dansé le sirtaki pour elle après avoir déposé la France à ses pieds, il a couru avec tous les grands de ce monde pour entretenir sa forme et - parce qu’il lui restait quand même de la graisse - il a fait gommer ses bourrelets sur les photos par quelques bons serviteurs afin qu’elle le voit toujours jeune, toujours beau, toujours triomphant. Oui mais voilà : Paulette elle s’en fout de tout ça, elle en peut plus Paulette, elle demande le divorce. Pendant qu’il coule dans le lac, luttant pour sauver son couple, elle se contente de l’observer, implacable derrière ses lunettes de soleil à la mode, comme Ellen Berent dans Leave Her to Heaven**.

Cecilia, you're breaking my heart, lalalalala lalalalaa

Voilà le hic : autant que des détectives, des voyous, des flics et des rien-du-tout transformés en proie des ténèbres, il y a des femmes fatales, poules de luxe, héritières ou dactylos. Indissociable du "privé", la "femme fatale" est un des éléments clés de cet univers angoissant aux franges du fantastique qu’est le Noir. C’est une femme irrésistiblement attirante qui mène les hommes à leur perte.

Les hommes ? Oui, tous les hommes, qui se perdent en conjectures. Qui va garder le parti ? Et qui va garder les enfants ? Le film noir “intériorise” une crise extérieure liée aux incertitudes politiques et économiques qui accompagnent LA crise économique, et il “ extériorise ” une crise intérieure, vécue au sein de la Famille et attribuée à une remise en cause de la fonction sociale traditionnellement dévolue aux sexes. Cette dualité est représentée par une ambiguïté de l’être et du paraître, de la vraisemblance et de la vérité, de l’ordinaire et de l’extraordinaire dans le film noir. C’est cette dichotomie entre surface et profondeur qui est exprimée à l’écran par l’utilisation de la profondeur de champ qui accroît le sentiment de mystère et d’anxiété qu’un récit elliptique a déjà su créer.

Desperate Housewives


Les conflits mis en scène par le film noir sont destructeurs car ils trahissent des passions tantôt politiques, tantôt sociales, qui déchaînent la violence. Portées par des personnages hors normes, les passions ouvrent une brèche dans l’espace diégétique du film noir pour laisser entrer un message subversif. Les ambiguïtés du film noir attisent un conflit qui se joue à l’intérieur du pays entre progressistes et puritains, entre démocrates et libéraux***, entre syndicats et patronat, entre hommes et femmes. Le film noir est la fiction d’un conflit dont il se nourrit, mais il alimente aussi la polémique à travers les ambiguïtés qu’il expose.

Tigres et tigresses


Les criminelles sont des personnages marginaux dans le film noir qui préfère mettre en scène le pouvoir de manipulation de la femme fatale, pouvoir lié au thème érotique abondamment exploité par le thriller. Le film noir nous emmène au-delà du mythe et de l’archétype lorsqu’il met en scène des assassines. The Postman Always Rings Twice (Tay Garnett, 1945) et Leave Her to Heaven (John M. Stahl, 1945) dressent des portraits de femmes dont les actes criminels trahissent les contradictions internes, la déchirure entre idéal de soi et vie quotidienne décevante, humiliante. Ces Murder dramas sont à différencier des Crime dramas, domaine des flics et des escrocs, en cela qu’ils ne sont pas autant dominés par les hommes. Ils constituent en fait un sous genre noir de ce que les exploitants appellent films de femmes. La distinction reposent autant sur la géographie que sur le genre : les Crime dramas se déroulent dans les rues et les bureaux, là où les hommes s’affrontent pour prendre le contrôle de la ville, quand les murder dramas appartiennent, eux, aux chambres à coucher, aux jardins et aux cuisines, dans ces endroits où les conquêtes se succèdent et où les femmes manient leur propres armes.

La Reine dans le palais de l’Elysée

Le film noir développe le pouvoir de la femme à travers une image dont la composition traduit la fascination exercée par sa présence. Le gros plan montre un rétrécissement du champ de vision de l’homme tourmenté par l’image d’une femme qui le fait fantasmer. Pour Janey Place, la femme déploie son pouvoir de séduction à travers une mise en scène qu’elle commande et qui lui obéit dans la mesure où elle en est l’élément central. Parce qu’elle ne se contente pas d’être « objet des regards » mais participe activement à sa propre mise en scène afin de devenir « objet du désir », dépasser le rôle de victime dans lequel l’avait cantonné sa fonction d’épouse, en adoptant le rôle d’amante qui l’aide à supporter le joug d’un mariage synonyme de frustration, le PNJ féminin domine l’aventure dont elle orchestre elle-même les enchaînements et les rebondissements, forte de son pouvoir sur les PJ. Dans l’univers de Noir la femme défie son environnement pour ne pas être contrainte de le subir éternellement, elle vise à changer sa condition, à reprendre le contrôle d’un destin qui l’a avilie. Face à tous les obstacles qui se dressent sur le chemin de ses ambitions, elle fait de la violence son alliée. Et en plus frapper un plus petit que soi, c’est pas beau…

 

Les femmes viennent de Vénus, les hommes viennent de Mars

Je sais ce que vous êtes en train de vous dire (c’est mon côté médium) : mais pas du tout, bien au contraire, l’univers du film noir c’est un univers rêvé pour des joueurs en quête de puissance et de gain parce qu’il explore habituellement un monde au masculin : il relate des aventures d’hommes tentés par la voie criminelle afin de s’approprier des biens matériels. Voilà pourquoi lorsque la femme pénètre le monde du crime et qu’elle fait sienne la violence meurtrière, ses actes sont réduits par le discours psychanalytique à l’expression de symptômes pathologiques. Le malaise social est atténué par un récit qui recourt de manière explicite aux termes d’une analyse freudienne simplifiée (complexe d’Œdipe, névrose, obsession) pour mieux insister sur l’hystérie féminine. En tant que figures de la transgression, les criminelles traduisent par la violence un tiraillement : elles aspirent à tuer, à détruire, comme pour anéantir l’écart entre le réel qui les enferme et l’idéal qui les inspire. Et en parlant de réel et d’idéal, parlons un peu du fameux top modèle suédois dont on nous rebat les oreilles…

Le Modèle Suédois

Le Modèle social Suédois, la bonne blague ! L’homme libre d’espoir qui croit à ça. Parlez-moi d’un modèle suédois ça je comprends, mais le modèle social suédois il a cané depuis bon temps. C’est d’ailleurs bien pour cette raison qu’un auteur comme Stieg Larson a des millions et des millions de lecteurs avec sa trilogie noire****.

Là-bas, la moitié des auteurs de romans noirs sont des femmes – Maj Sjöwall, Liza Marklund, Camilla Läckberg, Asa Larsson, Karin Alvtegen… et elles nous disent d’ouvrir les yeux sur ce mirage que l’on nous vend. Les romans et les films noirs ne cessent de montrer que le rêve s’étiole face à une routine quotidienne. La désillusion est assez profonde pour conduire les femmes vers le meurtre plutôt que vers la sphère domestique où elles se sentent prisonnières : hypothèque, assurance, racler les fonds de tiroirs pour acheter de nouvelles choses, toujours acheter plus de choses, le boulet et la chaîne, tout en un, c’est ça qui t’attend à la maison, la liste des courses en main. La télévision s’évertue à vendre aux femmes un idéal de complaisance et de sécurité économique : tenez bon, les filles, l’homme idéal, le quartier parfait, deux petits chérubins et un bon toutou restent les seules réponses possibles à toutes ces questions existentielles qui vous empêchent de dormir. Les séries du soir ressemblent à des catalogues de la Redoute, proposant de quoi satisfaire la classe moyenne. Le Noir déchire le catalogue. Il montre que le bonheur domestique peut être un piège suffocant.

Alors, la rédemption pourrait-elle venir des femmes ? La rédemption peut être pas tout de suite, mais la diversion, ça oui ! Pourquoi ne pas divorcer par exemple un jour de grève nationale ?

* : Nicolas Sarkozy cité par Jean-Louis Gergorin à la télévision pendant la période électorale. La question et la réponse concernée seront coupées au montage, d’après Libération du 12 octobre 2007 (Sarkozy, grand frère de Lagardère).

** : Péché mortel en français.

***: Il n’y a vraiment qu’en France que les gens de Droite se nomment eux-mêmes des libéraux. On peut braquer les banques, mais on peut aussi braquer les mots, à la longue ça rapporte plus.

**** : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, la Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, la Reine dans le palais des courants d’air. Vous ne connaissiez pas encore ? Ne vous faites aucun souci, tout va très bien se passer. Vous allez vous le procurer, vous enfermer dans votre garage pendant trois mois pour en venir à bout, perdre tous contacts sociaux, votre travail et votre femme, devenir un paria et me faire un procès.

Et pour finir sur une bonne note (de bas de page), je vous laisse à la lecture de l’article de G. et E. Ranne (donc un homme et une femme chabadabada, chabadabada, au cas où vous ne seriez pas au courant), consacré dans Plasma n°9 d’avril 1993 aux motivations qui amènent les femmes à coucher. On ne sait jamais, ça pourrait vous servir… rôlistiquement parlant, bien entendu ;=D

Scoop: Non, les femmes ne sont pas toutes des nymphos et non, elles n'ont pas toutes envie de coucher avec tous les [personnages-]joueurs du groupes et tous les PNJ "mignons" juste pour voir ce que ça fait.

Déçus? Eh oui, pour l'immense majorité des femmes, le sexe est un acte qui a de l'importance et dont elles se rappelleront plus tard. La première motivation pour laquelle "elles couchent" est d'abord sentimentale: l'amour bien sûr, mais aussi l'estime, la reconnaissance, l'admiration, ou dans un autre genre  la haine, la vengeance ou la volonté de domination

La seconde motivation est "raisonnable": l'acte sexuel peut être "conclu" dans un but précis, celui de séduire quelqu'un, d'obtenir des informations et de l'argent. Il faut cependant que le jeu en vaille la chandelle, et n'arrive que très rarement. La plupart des filles [joueuses] apprécient peu le "et il va falloir obtenir les clés de la porte de derrière, on sait que c'est le cuisinier qui les a, alors qui c'est qui s'y colle, c'est Ginette"

La troisième motivation, et la plus rare, est la recherche du plaisir, tout simplement. Et ne nous écrivez pas en nous disant qu'il est misogyne d'affirmer que cette motivation est relativement rare: au XXème siècle en France, il est déjà parfois difficile pour une fille de vivre une sexualité libérée sans se faire traiter de tous les noms (selon le principe bien connu: un homme qui séduit beaucoup est un Don Juan, une femme qui séduit beaucoup est une ...

Alors dans un monde médiéval, je vous raconte pas quelles valises de culpabilité, de complexes et d'inhibitions les pauvres filles se trimbalent !

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Published by David - dans Noir bitume
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commentaires

davidalpha 16/01/2009 10:40

Le troisième et dernier épisode de cette trilogie "Le parfum des Dames en Noir" arrive prochainement sur vos écrans. Pour la deuxième trilogie qui se situera bien des années auparavant (titre provisoire : "Les Enfants du Noir") il faudra probablement attendre... oh, disons une vingtaine d'année !

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Le garage où les M.e.C. rangent leurs fichiers PDF étant devenu un fameux bordel, en voici une nouvelle version plus mieux. Un clic et c'est parti !


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Du matos pour Hellywood préalablement publié dans les défunts Carnets de l'Assemblée : la description d'un rade comac et un scénario qui s'y déroule entièrement (ou presque).

http://img.over-blog.com/500x706/0/06/06/51/n-6/glas.jpg
Du matos pour Warsaw préalablement publié dans les défunts Carnets de l'Assemblée : une faction atypique accompagnée du scénario qui va bien.

http://img.over-blog.com/500x702/0/06/06/51/n-5/factions-warsaw-cover.jpgUne mini-aide de jeu pour Warsaw (la liste des factions).
http://img.over-blog.com/625x884/0/06/06/51/n-6/avocats-du-diable.jpg
Un scénario expérimental car bi-classé Te Deum pour un massacre et Hellywood (et ouais). Publié jadis dans les Carnets de l'Assemblée.
http://img.over-blog.com/150x206/0/06/06/51/n-4/verbatim-couv.jpg
Une contribution à l'ouvrage Jouer avec l'Histoire proposée par l'éphémère éditeur en bonus sur son site web. Sujet : le surnaturel dans les jeux historiques.

Mea Rouia, un gros scénario exotique
pour Maléfices avec les aides de jeu et les prétirés qui vont bien (voici aussi la couv' pour les plus bricolos d'entre vous)

Three Card Monte, un scénario sans fantastique pour Hellywood


Fleetwood & Studebaker, une aide de jeu sur les poursuites en voitures pour Hellywood


Deadline !, une variante des règles d'investigation pour le système Gumshoe


Aventures aux Pays de Nulle Part, un jeu hybride entre jeu de rôles sans MJ et de société dans l'univers du jdr Terra Incognita

Voyage, une tentative d'adaptation du système de Dying Earth à l'univers de Rêve de Dragon

Le site dédié à Terra Incognita

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