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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 10:34

Le téléphonoscope, invention fantastique qui sert de titre et de prétexte au site « L’Echo de l’Univers » consacré à Maléfices, n’est pas un pur fruit de l’imagination. En effet, les savants, plus ou moins fous, de la Belle Epoque sont bel et bien à la recherche d’une solution pour transmettre des informations en images et à distance. Petit tour d’horizon.

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Des débuts confus…

Le parallèle entre l’imaginaire uchronique que nous alimentons volontiers avec « notre » téléphonoscope et la réalité est assez saisissant. En effet, l’histoire de la transmission d’images à distance (puisque c’est bien de cela dont il s’agit) début dans une bien étrange atmosphère entre canulars, fantasmes et désinformation. Cela nous rappelle avec émotion que la Belle Epoque n’est pas encore celle d’Internet…

L’annonce de la découverte d’un procédé permettant la transmission à distance d’images fixes est donc plusieurs fois et successivement annoncé dans la presse dans les années 1870-1880… sans qu’aucune de ces annonces ne contienne une once de vérité scientifique !

En 1877, un journal américain annonce l’invention d’un « électroscope » par l’intermédiaire de son courrier des lecteurs. L’année suivante, la presse française, sous la plume de Louis Figuier, annonce celle d’un « télectroscope », attribué à Graham Bell, le génial inventeur du téléphone. Tout cela est faux. Canular visant à se moquer de Bell ? Mauvaise information venant d’une mauvaise interprétation des recherches de l’inventeur du téléphone ? Sans doute un peu des deux…

De même, toujours en 1878, le caricaturiste américain Georges du Maurier (le père de la célèbre Daphné) attribue à Edison, autre illustrissime savant de l’époque, l’invention d’un « téléphonoscope » bien proche du « notre ». Alors ? Et bien, Edison a bel et bien inventé un appareil de ce nom… mais celui-ci n’a rien à voir avec la transmission d’images à distance ! C’est une sorte de mégaphone à double cornet… En 1880, d’autres journaux américains emboîtent le pas des rumeurs et autres canulars et annoncent fièrement, mais faussement, l’invention qui du « diaphote », qui du « téléphote »…

Toujours est-il que ces annonces précipitées et ces canulars montrent bien l’effervescence des vulgarisateurs scientifiques et des imaginations débridées autour de deux inventions contemporaines : le téléphone donc (brevet déposé par Bell en 1876) et le procédé de transmission de la lumière (et donc par extension de l’image) par le sélénium (en 1873). On commence donc à fantasmer à un appareil regroupant les deux possibilités. Et puis, on est alors en pleine effervescence positiviste : rien ne semble impossible à nos savants et ingénieurs alors, comme on ne prête qu’aux riches, forcément, on s’emballe quelque peu…

Les choses sérieuses commencent.

cours.jpgMême si la patience est de mise avant d’espérer voir aboutir quoi que ce soit dans ce domaine, de véritables scientifiques, tel le portugais de Paiva ou le français Senlecq, emboîtent le pas des fantasmes des vulgarisateurs et entament des recherches sérieuses sur le sujet… sans succès concret mais parfois avec des avancées théoriques qui seront utiles à leurs successeurs. Dans le même temps, un scientifique français « sérieux », du Moncel, évoque dans ses articles et ses ouvrages la possibilité réelle, selon lui, de voir un jour aboutir de telles recherches.

Finalement, au début des années 1890, il semble que ce soit d’Allemagne que viennent les avancées les plus nettes dans le domaine de ce qu’il convient d’appeler désormais la télévision (« fern-sehen », terme inventé par Liesegang). Quelques années auparavant, un autre allemand, Nipkow, avait aussi apporté une contribution technique importante au projet. Toutefois, tout cela reste encore largement, avant 1900, du domaine du fantasme. Certaines mauvaises langues diront « on ne se refait pas » mais force est de constater qu’en attendant d’hypothétiques progrès techniques, alors que chacun imagine ce que pourrait être la future « télévision », c’est bel et bien un allemand, Plessner, qui a le premier en 1892 la vision d’une propagande inédite par son ampleur et sa force de frappe : son « hyaloscope » (une sorte de magnétoscope) théorique pourrait selon lui diffuser efficacement les messages du pouvoir prussien auprès des populations… pas mal, on la note et on la garde pour plus tard celle-là !

En France, le terme de « télévision » apparaît pour la première fois dans le cadre de l’inévitable Exposition Universelle de 1900 durant laquelle le Palais de l’électricité consacre une conférence faisant le point sur les différentes perspectives à moyen et long terme de la « télévision  au moyen de l’électricité ». Pourtant, la lutte des appellations autour de la tant attendue invention n’est pas prêt de s’éteindre. Ainsi, on a encore droit dans ces années là au « téléphotographe » ou au « téléphote » …

Contact !

Finalement, nous devrions retenir le nom de « téléautographe ». En effet, en 1904, l’allemand Korn réussit à mettre au point cette machine géniale, prolongement de toutes les recherches menées par ses prédécesseurs sur les propriétés du sélénium depuis plus de 30 ans. On peut enfin transmettre une image, certes fixe, à distance par le biais de l’électricité, plus précisément grâce aux fils du télégraphe. Si Korn imagine dès le départ une utilisation sécuritaire de son invention (diffuser des portraits de criminels en fuite !), la vraie application sera… journalistique ! Tiens, tiens… En effet, le journal britannique Daily Mirror met en place un système de transmission d’images entre plusieurs de ses bureaux, notamment entre Londres et Paris dès 1907. Bien sûr, le système est coûteux, lent (une demi-heure en moyenne pour une photo), de médiocre résolution et n’aura guère de postérité sous cette forme mais… c’est un premier pas vers un journal téléphonoscopique !

salon.jpgPlus connu car français mais un peu postérieur tout de même, Edouard Belin perfectionne le système avec (un peu de modestie ne fait jamais de mal…) le « bélinographe ». Celui-ci est plus rapide (une douzaine de minutes par photo) et peut aussi utiliser les fils du téléphone pour la transmission. Aussi appelé phototélégraphe ou téléphotographe, c’est, à proprement parler, l’ancêtre du fax.

Un peu de technique pour se rendre compte quand même… Côté transmetteur, on place un tirage photographique sur un cylindre qui tourne, à raison de soixante rotations par minute. Tout au long de ce cylindre et donc de cette image va se déplacer une cellule photoélectrique chargée d’enregistrer, ligne par ligne, les blancs, les noirs et leurs intermédiaires. A chaque fois que cette cellule lit du blanc, elle émet un signal aigu ; à l’inverse, elle émet un signal grave quand elle lit du noir. Elle analyse, convertit et donc transmet toute la gamme intermédiaire des gris. À l’autre bout de la ligne, un récepteur reconvertit ces signaux sonores en signaux optiques, reconstituant ainsi la photographie émise. Si le cliché plaqué sur le cylindre est en couleurs, la cellule de lecture sera munie de filtres correspondant respectivement à la trichromie fondamentale : rouge, bleu et jaune. Elle effectuera trois passages (donc trois fois plus de temps de transmission), un pour chaque couleur. Trois clichés ainsi encodés seront délivrés, qu’il suffira de superposer pour reconstituer la photo couleur.

Eh oui, la transmission de photos couleurs est possible à Maléfices (ou Crimes, bien entendu) ! Toutefois, pas plus que l’appareil de Korn, celui de Belin ne sera réellement utilisé pendant la Belle Epoque. Par contre, avec quelques perfectionnements, des machines de ce type seront utilisées plus massivement, notamment dans la presse, surtout à partir de 1925.

En définitive ?

Pour résumer ce qui peut intéresser un Meneur ou un joueur de Maléfices ou de Crimes, en matière de transmission à distance des images, on peut dire que :

-          le procédé existe pour les images fixes dans les toutes dernières années de notre période (1870-1914) ;

-          le procédé n’existe pas encore pour les images animées ;

-          même pour les images fixes, en dehors d’une uchronie comme celle de l’Echo de l’Univers, l’usage de ces procédés est très rare et très délicat ;

-          à l’extrême rigueur, les domaines du journalisme international, de la police criminelle et des transmissions militaires peuvent être concernés par ces nouveaux procédés ;

-          par contre, l’effervescence autour de ces possibles inventions est réelle et même très vive, mêlant dans un même tourbillon canulars, fantasmes et découvertes réelles : cela vous laisse notamment la possibilité d’inventer quelques beaux « savants fous » et en peupler vos futurs scénarios.

La source essentielle de cet article est le très riche site http://histv2.free.fr

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Published by Narbeuh - dans Préfabriqués
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